Ready-made

Marcel Duchamp, Fontaine, 1917. Photographié par Alfred Stieglitz.

Un ready-made, dans l'histoire de l'art, se réfère à une expérience spécifique initiée par Marcel Duchamp où un artiste s'approprie un objet manufacturé tel quel, en le privant de sa fonction utilitaire. Il lui ajoute un titre, une date, éventuellement une inscription et opère sur lui une manipulation en général sommaire (ready-made assisté : retournement, suspension, fixation au sol ou au mur, etc.), avant de le présenter dans un lieu culturel où le statut d'œuvre d'art lui est alors conféré.

Deux exemples sont La Roue de bicyclette de Marcel Duchamp où s'associent assemblage et plaisir de la roue qui tourne (deux caractères contraires à l'expérience du ready-made ; voir La question du choix ci-dessous) et La Tête de taureau de Pablo Picasso qui relève de la sculpture par assemblage.

Dans le domaine de l'art, le terme anglais ready-made[1] fut utilisé pour la première fois par Marcel Duchamp, en [2]. « La Boîte verte » de Marcel Duchamp dont les documents sont datés de 1913-1915 contient une note mentionnant le ready-made, lors de son premier séjour à New York, pour désigner certaines de ses œuvres, réalisées depuis 1913. Cette année-là, Duchamp fixa sur un tabouret de cuisine une Roue de bicyclette, en même temps que, dans ses notes, il exprimait ses doutes envers l'exercice de l'art au sens habituel du terme (« Peut-on faire des œuvres qui ne soient pas d'art ? »[3]).

En 1914, à Paris, Duchamp avait acheté un porte-bouteilles qu'il se contenta de signer. Cet objet est généralement considéré comme le premier véritable ready-made (Roue de bicyclette étant plutôt un assemblage).

Les ready-mades soulèvent de très nombreuses questions. Par exemple, parce qu'ils n'ont pas été réalisés par l'artiste, ils rendent problématiques un certain nombre de concepts, voire de certitudes, concernant la définition de l'art et le rôle de l'artiste, et plus spécifiquement les notions d'original, de savoir-faire, de virtuosité et d'œuvre.

À partir de la fin des années 1950, certaines implications et interprétations des ready-mades ont donné une impulsion décisive à une grande partie des pratiques artistiques actuelles, qu'elles s'en réclament (comme l'art conceptuel) ou, au contraire, pour s'en défendre.

L'idée du ready-made est la principale contribution de Marcel Duchamp à l'art du XXe siècle. Il en était d'ailleurs conscient, déclarant dans un entretien en 1962 : « Je ne suis pas du tout sûr que le concept de ready-made ne soit pas vraiment l'idée la plus importante qui ressorte de mon œuvre. »[4]

  1. On trouve aussi dans la documentation la forme « readymade » et, selon les auteurs, le mot peut prendre ou non une majuscule. Dans une note de La Boîte de 1914, Michel Sanouillet indique que Marcel Duchamp lui a écrit : « Je préfère Ready-made, en italiques et cela s'accorde ». Marcel Duchamp, Duchamp du signe. Écrits, réunis et présentés par Michel Sanouillet, Paris, Flammarion, 1975, p. 49, note 4. Ci-dessous, simplement Duchamp du Signe.
  2. Lettre du à sa sœur Suzanne. Affectionately, Marcel. The selected correspondence of Marcel Duchamp, Ludion Press, Ghent-Amsterdam, 2000, p. 43-44 (original en français et traduction en anglais). Il écrit notamment : « Ici, à New York, j'ai acheté des objets dans le même goût [que le porte-bouteilles] et je les traite comme des readymades, tu sais assez d'anglais pour comprendre le sens de tout fait que je donne à ces objets. Je les signe et leur donne une inscription en anglais ».
  3. « À l'infinitif "Boîte blanche" », Duchamp du signe, p. 105.
  4. Entretien avec Katherine Kuh. Cité in Francis M. Naumann, Marcel Duchamp, l'art à l'ère de la reproduction mécanisée, Paris, Hazan, 1999, p. 293.

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